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09/01/2012

Le second roman...

Chers lecteurs de ce blog,

Je ne vais pas vous souhaiter une bonne année. Je suis sûr que la terre entière a déjà dû le faire avant moi... Je vous souhaite plutôt de belles publications, ou à défaut, de beaux petits bonheurs d'écriture et de lecture.

Donc ça c'est fait. Et maintenant, je vais vous parler du second roman. Le second publié, j'entends.

Caser le premier, on le sait, est à peu près aussi facile que de démolir un mur de brique à coups de poing. Ce qu'on sait moins en revanche, c'est que le cap du second est loin d'être une partie de plaisir, lui aussi.

D'abord parce que beaucoup d'auteurs sont des auteurs-d'un-seul-roman, eh oui, c'est d'ailleurs l'une des grandes craintes des éditeurs quand ils jettent leur dévolu sur un nouvel auteur. Ensuite parce que, même s'ils en écrivent un second, les auteurs n'arrivent pas toujours à le faire publier : leur premier bouquin s'est-il bien vendu ? Leur second est-il dans le même créneau que le premier ou sort-il de la ligne éditoriale de leur maison d'édition ? Ou est-il tout simplement mauvais parce que l'auteur était stressé, qu'il a voulu faire trop bien, trop vite ?

En tout cas, le second roman est un cap. Il paraît que Wikipédia refuse les pages des auteurs n'ayant  publié encore qu'un seul roman. Pas assez fiable, selon eux.

En ce qui me concerne, j'ai triché, puisque La Pucelle est en deux tomes. Héhé. Mais inutile de se leurrer : c'est un seul roman.

C'est pourquoi je suis fier comme un pape de vous annoncer que mon second roman publié paraîtra aux Edtions Gründ (si si, vous connaissez : "Où est Charlie ?" "L'histoire de France pour les nuls" ?) pour un roman destiné à la jeunesse.

29/09/2011

Un outil pour dynamiser l'intrigue : l'ironie dramatique

Sous ce nom un peu bizarre se cache une idée toute simple : pour dynamiser une histoire, dissimulez des choses à vos personnages. L’ironie dramatique consiste à donner au lecteur des informations qu’un ou plusieurs personnages ignorent et à regarder ces malheureux tâtonner plus ou moins près de la vérité.

Il recouvre des situations variées.

 

Exemple N°1 : un ou plusieurs personnages ignorent un fait que le lecteur, lui, connaît.

Tartempion frappe au 5 rue de la gare, il ignore que le professeur BoumBoum vient de piéger la maison à la dynamite et qu'elle est sur le point d’exploser. Personne ne vient lui ouvrir : Tartempion hésite, va-t-il essayer la porte de derrière ? Va-t-il rentrer chez lui ?

Si on ne sait rien de la bombe, on voit juste Tartempion hésiter sur le pas d’une porte close, ça n’a rien de passionnant... Et s'il finit vraiment par exploser, vous aurez l'impression d'avoir assisté à la scène en spectateur, sans ressentir beaucoup d'émotion pour le personnage.

 

Exemple N°2 : un personnage ignore un fait que le lecteur connaît, ET qu’un autre personnage connaît

Depuis dix ans, M Tartempion est secrètement amoureux de Mme BoumBoum, ce que le lecteur sait pertinemment. Or un jour, Mme BoumBoum sonne à sa porte, en larmes, et lui explique que son mari la trompe.

Tartempion rougit, pâlit, bafouille. Il souffre pour elle, mais ose croire à sa chance.

Si on ne sait rien de l’amour de M. Tartempion, la scène perd pas mal de sa tension, non ?

 

On pourrait décliner les exemples à l’infini sur ces deux modèles, l’idée étant toujours la même : le lecteur regarde un ou plusieurs personnages errer dans l'ignorance.

 

A quoi cela sert-il ? Eh bien, en principe, cela sert à créer un suspense, une attente, un espoir ou une crainte... Bref, cela donne de l’émotion au récit. Parfois aussi un certain plaisir intellectuel.

Comment l’exploiter ? L’ironie dramatique ne peut se conclure que de deux manières : soit le personnage n’apprend jamais rien du fait qui lui est caché, soit il l’apprend.

Les petits manuels de l'écrivain nous enseignent que la plupart du temps, il est préférable qu’il l’apprenne. La scène de cette découverte nous permettra de nous sentir proches de lui et de créer une forte émotion, c’est un scène de « paiement » de l’ironie dramatique.

Notez que de mon côté, je pense qu'il n’existe aucune règle en la matière, l’auteur fait ce qu’il veut. Mais se passer d’une scène de paiement, c’est se priver d'un moment fort : il faut donc avoir une bonne raison à cela.

Vous connaissiez déjà cette technique ? Fort bien. Maintenant, vous en connaîtrez aussi le nom…

 

Comment exploiter au mieux l’ironie dramatique ? Faut-il la préparer, la calculer, la provoquer intentionnellement ? Faut-il se laisser au contraire porter par son intrigue ? Je n’en sais rien, les p’tits loups, débrouillez-vous.

De mon côté, je n’ai jamais écrit intentionnellement une scène de ce genre, mais je m’aperçois que mes romans en sont quand même truffées, donc je pourrais dire que… hum hum, cet article ne sert strictement à rien ? Et pourtant non, car cette petite astuce m’a permis récemment de me rendre compte d’une erreur flagrante que j’avais commise. J’avais refusé à mon lecteur une scène de « paiement », c’est à dire qu’on ne voyait pas le personnage apprendre le "fait caché".

Je peux vous dire que ça gâchait une bonne partie du sel.

Savoir ce qui cloche, c’est déjà important, non ?

06/07/2011

Les secrets d'une bonne histoire, l'émotion, la dramaturgie

Aujourd'hui, je vais vous donner tous les secrets pour écrire un best-seller que s'arracheront d'abord les éditeurs, puis des millions de lecteurs aux yeux affamés. Haha, c'était une blague. Hum. Mais je vais quand même essayer de vous donner quelques pistes.

Comme vous le savez ou ne le savez pas, il existe aux Etats-Unis des universités où l'on apprend le métier d'auteur et de scénariste. Vous me direz qu'il n'y a nul besoin d'école pour cela, la preuve : il y a eu des écrivains bien avant qu'elles n'existent. Je ne prétends pas qu'il faille suivre des cours pour devenir un écrivain, ni même qu'il existe des règles géniales à suivre pour écrire un bon roman. Mais je crois qu'il est bon de connaître, au moins dans les grandes lignes, les règles de la dramaturgie que ces gens y apprennent.

Ces règles existent-elles ? Sont-elles nécessaires à la littérature ? Vont-elles formater la production littéraire ? Je n'en sais rien. Ce que je sais, en revanche, c'est que les Américains ont de bons auteurs. En ce qui concerne la fantasy que je connais bien, ils ont même d'excellents auteurs. D'une part, ils vendent plus que les Français, et vous aurez beau me donner deux ou trois exceptions, vous aurez beaucoup du mal à me contredire sur le fond. Ensuite, même si certains écrivent des nullités (mais les Français ne sont pas épargnés par le phénomène) il y a aussi de grands maîtres, extrêmement novateurs sur le fond et brillants sur le style. Bref, le formatage, je n'y crois pas. Je pense que les bons auteurs savent construire des univers personnels quelles que soit les règles qu'on leur a apprises - mais que ces règles ont pu les aider.

Mais alors, ces fameuses règles, quelles sont elles ? je vous invite à lire "La Dramaturgie", de Yves Lavandier, l'ouvrage le plus complet en français sur le sujet à ma connaissance. Mais si vous êtes anglophone, il existe de dizaines de titres de ce genre non traduits. Je n'ai pas le temps ni la place de vous faire un cours, et d'ailleurs, je n'en ai pas la compétence. Je peux juste vous donner quelques éléments très simples :

1) Vous devez choisir un protagoniste (qui peut être un groupe de personnages) ayant une motivation et un BUT, et rencontrant des OBSTACLES.

ex : Dupont, apprenti chevalier. But : tuer un dragon. Motivation : devenir un chevalier. 

2) Ce BUT doit arriver assez tôt dans l'histoire, soit immédiatement, soit après quelques dizaines de pages.

ex : Dupont commence par trousser la gueuse au château quand au détour d'un couloir, son maître le tire par l'oreille et lui dit : "si tu ne tues pas ton dragon d'ici ce soir, tu n'auras pas ton diplôme de chevalier."

3) Ces OBSTACLES ne doivent pas apparaître comme des interventions extérieures de l'auteur, mais comme un enchaînement logique (ils doivent avoir des liens les uns avec les autres, comme une toile de fils entremêlés), ils doivent le plus possible trouver un écho dans la personnalité du protagoniste et donc être le plus possible INTERNES.

ex : Dupont est un trouillard, il ne sait pas se servir d'une épée, il est allergique au poil de dragon et en plus, son propre père est un dragon. Chaque obstacle rencontré va révéler ses faiblesses et il va devoir les surmonter.

4) Le CONFLIT généré par ce BUT et ces OBSTACLES doit aboutir à un POINT D'ORGUE à la fin de l'histoire. Ce point d'orgue doit dépasser en intensité toutes les autres scènes de l'histoire et répondre à la question : "le protagoniste atteint-il sont but ou y renonce-t-il" ?

ex : Dupont a séduit la princesse Xena pour qu'elle zigouille le dragon à sa place. Après moult péripéties incluant une scène de scène de jalousie, un château en flamme et beaucoup de coups d'épée, Dupont finit par obtenir son diplôme de chevalier / ou Dupont renonce à son diplôme et se marie avec la riche Xena.

5) Une courte fin nous montre (ou non) la résolution du conflit. Une ligne ou quelques pages suffisent. Cette partie n'est pas toujours nécessaire.

6) chaque sous-partie du roman doit correspondre au même schéma en miniature.

 

Bien sûr, je simplifie à l'extrême et chaque point serait sujet à un bon millier de discussions. Il est évident que cela ne fonctionne pas comme une mécanique et ne donne aucun truc pour réussir de façon infaillible. Il n'y a pas de mode d'emploi pour écrire un roman, aucune règle n'est valable en toute circonstance, il y a toujours des exceptions. Et si vous êtes déjà familier de ce blog, vous savez qu'à mes yeux, rien ne remplace le travail acharné, notamment sur le style. Cependant, cela peut quand même aider à y voir plus clair si vous bloquez sur votre synopsis sans savoir pourquoi ou si une partie vous semble faible et que vous n'arrivez pas à en trouver la raison...

Avez-vous déjà passé le POINT d'ORGUE ? Le BUT a-t-il déjà été atteint ? Dans ce cas, toutes les péripéties ultérieures paraissent fades. A vous de trouver une solution.

Avez-vous vraiment donné un BUT à votre personnage ? A-t-il des faiblesses à surmonter ? Si ce n'est pas le cas, alors peut-être votre personnage aura-t-il du mal à accrocher l'attention du lecteur.

Vous êtes-vous trompé de protagoniste ? Avez-vous donné à un personnage secondaire un BUT et des OBSTACLES plus riches et plus forts qu'à votre personnage principal ? Alors il y a des chances pour que le lecteur s'intéresse plus à ce personnage secondaire. Faites-en votre protagoniste, pourquoi pas ? Ou si vous tenez à mettre l'autre sur le devant de la scène, débrouillez-vous pour que ses problèmes soient plus forts et plus émouvants.